Comprendre l'indépendance financière

Comment atteindre l'indépendance financière

L'indépendance financière désigne une situation où les revenus du patrimoine couvrent les dépenses courantes, rendant le revenu du travail facultatif. Le concept s'est popularisé aux États-Unis sous l'acronyme FIRE, Financial Independence, Retire Early et il tient autant d'une philosophie de vie que d'une stratégie financière.

Les éléments réunis ne constituent pas un conseil en investissement, et aucun rendement n'est garanti.

Le seul levier qui compte vraiment

Contrairement à ce que l'on croit, ce n'est ni le rendement ni le revenu : c'est le taux d'épargne, c'est-à-dire la part du revenu net qui n'est pas dépensée.

La raison est arithmétique. Épargner davantage agit 2 fois : cela accumule plus vite, et cela réduit le montant de dépenses à couvrir. Avec un taux d'épargne de 10 %, le nombre d'années nécessaires se compte en décennies ; à 50 %, il se réduit considérablement ; à 70 %, davantage encore. Le rendement, lui, n'intervient qu'au second ordre.

C'est aussi pour cela que le mouvement met tant l'accent sur la maîtrise des dépenses : logement, transport et alimentation représentent l'essentiel du budget des ménages, et c'est là que les arbitrages ont un effet.

La règle des 4 %

Elle vient d'une étude américaine des années 1990 portant sur des séries historiques longues : un portefeuille diversifié dont on retire 4 % du capital initial la première année, montant ensuite indexé sur l'inflation, aurait survécu à 30 ans dans la quasi-totalité des périodes examinées.

D'où le repère souvent cité : un capital d'environ 25 fois les dépenses annuelles. Il faut en connaître les limites, et elles sont importantes.

L'étude porte sur le marché américain du vingtième siècle, une période historiquement favorable, les autres marchés donnent des résultats moins flatteurs. Elle porte sur 30 ans, alors qu'une retraite anticipée peut en durer 50. Elle ne tient pas compte de la fiscalité ni des frais de gestion, qui pèsent lourd sur la durée. Et elle est très sensible à la séquence des rendements : une forte baisse dans les premières années suffit à compromettre l'ensemble.

Les variantes

Le mouvement distingue plusieurs situations. Le lean vise un train de vie frugal et un capital modeste. Le fat vise un niveau de vie confortable, donc un capital bien supérieur. Le barista conserve une activité à temps partiel qui couvre une partie des dépenses et, aux États-Unis, l'assurance santé. Le coast consiste à avoir suffisamment épargné tôt pour laisser le capital croître seul jusqu'à l'âge de la retraite, en cessant d'épargner.

Cette dernière variante est probablement la plus applicable au plus grand nombre, et la moins spectaculaire.

Ce que le contexte français change

Plusieurs éléments modifient le raisonnement. Le système de retraite par répartition assure un revenu de base, ce qui déplace la question : il s'agit moins de couvrir 50 ans que de couvrir la période avant la liquidation des droits.

La protection sociale, notamment l'assurance maladie, retire du calcul un poste qui est central aux États-Unis. Les enveloppes fiscales, plan d'épargne en actions, assurance vie, plan d'épargne retraite, ont chacune leurs règles de disponibilité et de fiscalité, et le choix entre elles compte davantage ici qu'ailleurs.

Enfin, cesser toute activité tôt réduit les trimestres validés et donc la pension future : c'est un arbitrage à chiffrer, pas un détail.

Les critiques, telles qu'elles sont formulées

La première porte sur l'accessibilité : atteindre un taux d'épargne élevé suppose un revenu confortable, ce qui exclut une grande partie de la population. Présenter la démarche comme universelle relève alors du déni.

La deuxième porte sur le rapport au travail : réduire une vie professionnelle à une phase à traverser passe à côté de ce qu'elle apporte à beaucoup, sens, relations, structure du temps. Nombre de personnes ayant atteint l'indépendance financière reprennent d'ailleurs une activité.

La troisième porte sur le risque : un plan reposant sur des rendements passés peut échouer, et l'échec survient au moment où l'on a perdu son employabilité. Les praticiens sérieux du mouvement recommandent pour cette raison des marges de sécurité et une capacité de retour au travail.

Ressources utiles